Lily Stories
Tout ce que tu ignorais · Chapitre 72 sur 78

Le dimanche soir

Jack

Le dimanche, il découvrit que Katherine ne devenait pas plus accommodante parce qu’elle l’avait laissé rester.

Elle avait froid quand il trouvait la température parfaite. Elle ouvrait la fenêtre de la chambre cinq minutes après s’en être plainte. Elle lisait les messages de Nora avec l’expression qu’il prenait devant les mauvais rapports et lui demandait ensuite pourquoi il souriait. Elle laissait des livres sur les sièges, si bien que la moitié des fauteuils du salon étaient inutilisables.

Il déplaça une pile pour s’asseoir.

— Je savais exactement où ils étaient, dit-elle.

— Ils sont vingt centimètres plus loin. Je t’aiderai à les retrouver.

Elle lui lança un coussin.

Il aurait pu vivre très longtemps avec cette mauvaise humeur-là. Il comptait bien essayer.

À midi, il imaginait déjà le week-end suivant. À quatorze heures, il calculait qu’il pourrait travailler d’ici le lundi matin et ne perdre qu’une partie de son trajet. À seize heures, il attendait qu’elle le lui propose.

Elle ne le proposa pas.

Son sac attendait au pied de l’escalier. Il le regarda plus souvent qu’il ne l’aurait voulu.

— Tu as vraiment besoin d’être seule ce soir ?

Elle tourna la tête depuis le canapé.

— J’en ai envie. Et je travaille tôt demain.

— Moi aussi. On a très bien réussi à travailler chacun de notre côté ce matin, dans la même maison.

— Jack.

— Ne dis pas mon prénom comme si je venais de commettre une infraction. Je pose une question.

Elle referma son livre sur un doigt.

— Alors je te réponds. Oui, je veux garder ma soirée. Ce week-end m’a rendue heureuse. Je ne suis pas encore prête à faire comme si on pouvait prolonger chaque fois que c’est agréable.

— Ce qui est pénible, c’est de partir au moment où je commence à ne plus compter les heures.

— Je n’ai pas envie que tu partes non plus. J’ai aussi envie de me retrouver ici après.

Il chercha une objection. Toutes celles qu’il trouva revenaient à dire qu’il voulait le contraire. Brillant, comme argumentaire.

— Un jour, il faudra trouver un endroit où personne n’attendra l’heure de remettre son manteau.

Elle baissa les yeux sur le livre. Il crut avoir demandé trop. Puis elle retira son doigt d’entre les pages et posa le livre sur la table.

— Oui, dit-elle. Il faudra.

Elle vit qu’il ne s’attendait pas à cette réponse et vint s’asseoir contre lui.

— Pas ce soir.

— J’avais compris cette partie.

Elle posa la tête sur son épaule. Le téléphone vibra sur la table : Andrew, pour le lendemain. Il le retourna.

— Tu peux répondre.

— Je le rappellerai de la voiture.

Elle se redressa.

— Tu n’as pas besoin d’attendre d’être parti pour travailler afin que je trouve le week-end réussi.

— Je préfère rester ici avec toi vingt minutes de plus. C’est encore une possibilité, non ?

Elle l’embrassa. Ils faillirent oublier le départ ; il le lui dit contre la bouche.

— Tu compliques le trajet exprès.

— Je n’ai jamais promis de te rendre le départ agréable.

Elle l’accompagna jusqu’à la voiture, les pieds dans ses bottes délacées, un gilet serré sur la poitrine. Dans le rétroviseur, il la vit rester sur le perron jusqu’au virage.

Sur la route, il rappela Andrew, contesta un chiffre, déplaça un horaire. Puis la conversation se termina, et la phrase du salon revint occuper l’habitacle.

Un endroit où personne n’attendait.

Il savait acheter une maison. Il aurait pu en faire visiter dix avant le vendredi suivant, choisir la plus belle et lui tendre les clés. Il savait aussi ce qu’elle en ferait. Elle les lui rendrait poliment, et elle aurait raison.

Sur une aire de repos, il ouvrit une carte sur son téléphone, tapa le nom d’un comté de l’ouest du Massachusetts, regarda les routes une minute.

Il referma la page. Cette recherche-là, ils la feraient à deux.

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