Une maison où rentrer
KatherineLe cottage était chaud quand elle arriva.
Ruth avait laissé une livraison dans le cellier et un mot sur le plan de travail : le jardinier passerait la semaine suivante. Dans son grand pot près de la baie vitrée, le citronnier avait fait deux fleurs. Au-delà de la terrasse, le terrain descendait doucement vers le chemin qu’elle aimait prendre en fin de journée. Tout était à sa place. Elle posa son sac, ouvrit la porte sur l’air frais une minute, et sentit sa poitrine se desserrer.
Elle était heureuse de rentrer.
Elle aurait voulu qu’il soit là.
Elle laissa la contradiction exister sans essayer de la résoudre. Puis elle brancha son ordinateur et rejoignit David pour une réunion où personne n’avait besoin de savoir comment sa journée avait commencé.
Lily l’apprit à dix-sept heures.
— Tu es rentrée un mercredi après avoir passé la nuit avec lui ?
Kate ferma les yeux.
— Comment tu fais pour faire tenir une conversation entière dans une seule question ?
— Des années d’entraînement. Réponds.
Elle s’assit sur le canapé, les pieds repliés sous elle. Raconter la matinée lui prit plus longtemps que prévu. Lily ne l’interrompit pas une seule fois, ce qui l’inquiéta presque plus que ses colères.
— Et tu lui as dit que tu l’aimais.
— Apparemment.
— Tu te rappelles au moins dans quelle langue ?
Un petit rire fatigué.
— Lily.
— Je suis sérieuse. Tu en parles comme si les mots étaient entrés dans la chambre tout seuls. C’est toi qui les as dits. Tu en avais le droit.
Kate tira sur la couture d’un coussin.
— Je sais. Ce que je ne sais pas, c’est ce que je suis censée faire maintenant.
— Tu as une réunion avec Nora demain, une boîte qui tourne, un frigo qui contient autre chose que du vin et du fromage, et une maison que tu adores. Tu peux commencer par continuer ta journée.
— Je ne parle pas de ça.
— Moi si, un peu. Parce que tu recommences à chercher LA bonne décision, celle qui garantirait qu’il ne te fera plus jamais de mal. Elle n’existe pas, ma belle. Tu peux regarder ce qu’il fait et décider de ce que tu acceptes. Tu ne peux pas te donner tort d’avance parce que tu as eu envie de lui.
Kate regarda les arbres.
— J’ai peur d’avoir trop envie d’y croire.
— Évidemment. Mais tu as passé des mois à faire des choix très durs sans arrêter de l’aimer. Je doute qu’une nuit t’ait grillé le cerveau. Même avec les épaules de ton ex-mari.
Cette fois, Kate éclata de rire. Lily attendit qu’elle se calme.
— Il t’a laissée partir ?
— Oui.
— Il t’a appelée douze fois depuis ?
— Non.
— Alors garde aussi ces deux infos. Tu n’es pas obligée de le féliciter. Mais tu peux les garder.
Kate se passa la main sur le visage.
— Tu n’es pas censée prendre sa défense.
— Je prends la tienne. Ça inclut le droit de ne pas fabriquer une catastrophe quand la situation est déjà assez pénible comme ça.
Elles parlèrent ensuite du chien de l’homme que Lily prétendait ne pas voir assez souvent pour connaître ses habitudes. Kate la laissa détailler ce qu’il mangeait, à quelle heure il devait sortir, et pourquoi son maître lui avait acheté une laisse ridicule. Puis elle demanda depuis quand les relations sans attaches exigeaient de stocker des friandises pour chien dans son propre appartement.
Lily l’insulta avec beaucoup d’affection.
Après l’appel, Kate mangea, prit une douche et ouvrit son manuscrit. Quatre pages qui ne parlaient pas de Jack. Puis un message.
J’espère que tu es bien rentrée. Je ne sais pas très bien comment te parler ce soir sans alourdir ta journée. Alors je m’arrête là.
Elle posa le téléphone à côté de l’ordinateur. Le reprit.
Bien rentrée. J’ai travaillé. Lily m’a sermonnée. Je suis crevée.
La réponse fut presque immédiate.
Je peux t’appeler demain ?
Elle écrivit oui. Puis ajouta une heure.
Ce n’était pas recommencer leur mariage. C’était accepter un appel le lendemain. Pour la première fois depuis le matin, elle réussit à laisser cette décision à sa taille réelle.
Cette nuit-là, elle s’endormit seule dans un lit qu’elle avait choisi, au milieu d’une vie qu’elle avait construite. Son corps chercha quand même la chaleur de Jack avant de comprendre qu’elle n’était pas là.
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