Lily Stories
Tout ce que tu ignorais · Chapitre 60 sur 78

Une soirée libre

Jack

Il resta à Boston jusqu’au lendemain pour un rendez-vous réellement prévu avant le gala. Si quelqu’un lui avait demandé, il aurait pu le prouver. Personne ne demanda.

Il travailla. Ça lui demanda un effort d’attention, rien d’héroïque. Il savait mener une réunion même quand son esprit revenait trop souvent à une main sur sa nuque.

Kate répondit brièvement à un message sur le programme de la fondation, avec une remarque sur la présentation d’un intervenant. Il répondit à la remarque. Pas au baiser qu’elle ne mentionnait pas.

Le vendredi, ils parlèrent vingt minutes.

La semaine suivante, elle refusa un dîner parce qu’elle écrivait. Il trouva ça frustrant et ne demanda pas combien de pages pouvaient justifier un refus.

Une autre fois, c’est elle qui proposa un déjeuner après une séance de travail. Il bouscula son agenda bien plus qu’il ne le lui dit. Il ne voulait pas que l’effort devienne une chose dont elle devrait le remercier.

Les moments restaient courts. Parfois, ils avaient la douceur facile d’un souvenir. Parfois, une phrase mal choisie les ramenait droit à la colère. Elle lui disait quand il transformait une demande en ordre. Il lui disait quand elle prenait une vraie question pour une tentative de reprendre le pouvoir.

Ils n’avaient pas toujours raison contre l’autre.

Il aimait ça moins facilement qu’il ne l’avait prétendu au restaurant. Et beaucoup plus qu’une relation où il aurait dû penser à sa place pour ne jamais être contredit.

Un mardi, une réunion chez Astera se termina plus tôt que prévu. Il l’apprit parce qu’Ethan répondait à une question d’agenda envoyée le matin. Pas parce qu’il faisait suivre Kate.

Il était à Boston. Il demanda s’il pouvait lui proposer un café avant qu’elle quitte le bureau.

— Je transmets, répondit Ethan.

Jack attendit près de l’entrée. Au même endroit où elle l’avait envoyé paître la première fois.

Kate sortit en téléphonant. Elle raccrocha, leva les yeux, s’arrêta.

Il eut le temps de sentir le désir avant la surprise. Cheveux défaits. Robe grise sous une veste courte. Ce geste pour remonter son sac sur l’épaule.

— Tu as pris un abonnement au trottoir ?

— Il est bien placé. J’y croise parfois quelqu’un d’intéressant.

Elle sourit malgré elle.

— J’ai quinze minutes. J’ai écourté une réunion parce qu’elle n’avait plus d’objet, pas parce que je n’ai plus de travail.

— Un café, alors.

— Un vrai. Et tu ne me proposes pas un repas de deux heures une fois que je suis assise.

Il lui tint la porte du petit café d’à côté.

Elle resta presque quarante minutes.

Il ne le lui fit pas remarquer. Il méritait une médaille.

Ils parlèrent d’une décision de Kate qu’il trouvait trop coûteuse, d’une rencontre d’auteurs à laquelle il ne savait pas si elle voulait participer, puis d’un souvenir de voyage qui les fit rire en même temps. Elle se rappela une chemise oubliée sur un bateau. Il soutint qu’elle l’avait abandonnée exprès parce qu’elle la détestait.

— Je n’ai jamais eu besoin d’un bateau pour me débarrasser d’une de tes chemises.

Il regarda son sourire. Ses doigts posés près de la tasse. Il posa la main sur la table, assez près pour que ce soit visible, sans prendre la sienne.

Elle regarda leurs deux mains.

Puis elle fit le petit mouvement qui les rapprocha.

Ses doigts. Il eut du mal à ne pas en faire aussitôt une invitation plus large. Il savait combien ça l’aurait agacée de l’entendre dans la suite de sa voix.

— Tu as prévu quelque chose ce soir ? demanda-t-il quand même.

Kate leva les yeux.

— Tu avais promis de ne pas transformer le café en opération plus ambitieuse.

— Je peux poser une question et entendre non.

Elle regarda leurs mains, toujours l’une contre l’autre.

— J’avais prévu de lire. Je n’ai pas de rendez-vous.

Il attendit.

— Tu peux m’inviter à dîner.

Il resserra ses doigts autour des siens et la regarda avec une assurance qui changea tout de suite la température. Elle leva un doigt.

— N’en fais pas une certitude sur toute la nuit, Jack.

— Baisse ce doigt. Je ne viens pas de te faire une proposition indécente.

Elle haussa les sourcils.

— Pas encore ?

— Pas encore. Et je sais faire la différence entre un oui pour un dîner et le reste. Tu peux arrêter de me lire le règlement chaque fois que je te regarde.

Elle baissa lentement le doigt. Sans retirer sa main.

— Tu me regardes d’une façon qui justifie quelques précautions.

— Je n’ai aucune intention de regarder ailleurs. Je te propose vingt heures. Je choisis le restaurant, tu me dis si ça te tente.

Il lui donna le nom. Elle réfléchit, acquiesça. Rien d’une grande concession. Mais elle sentit un soulagement presque physique à ne pas porter seule chaque initiative.

— Vingt heures.

Elle laissa sa main dans la sienne jusqu’au moment où il fallut vraiment partir.

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