Lily Stories
Tout ce que tu ignorais · Chapitre 57 sur 78

Une place à son bras

Katherine

Kate vit la main de Célia sur le bras de Jack avant de voir le reste.

Évidemment. Il fallait que ce soit la première chose.

Elle s’en voulut de l’avoir remarquée aussi vite. Elle avait une soirée à passer, un homme à côté d’elle qui n’avait pas à servir de refuge à ses mauvaises conclusions, et des gens à rencontrer pour son propre groupe.

Ethan s’arrêta au vestiaire pendant qu’elle retirait sa veste.

— Tout va bien ?

— Oui. Je regarde qui est déjà là.

Il suivit brièvement son regard, revint à elle, ne commenta rien.

Elle apprécia. Il savait qu’elle avait été mariée à Jack. Il n’était pas chargé d’interpréter chacune de ses expressions. Il l’accompagnait parce qu’ils connaissaient ensemble une partie des projets présentés ce soir, qu’elle aimait sa compagnie, et qu’elle n’avait aucune envie d’entrer une fois de plus comme une femme dont la présence se résumait à l’homme qu’elle pourrait croiser dans la salle.

Ils avaient convenu qu’une fois les échanges liés à Astera terminés, chacun ferait de sa soirée ce qu’il voulait.

— Tu connais les organisateurs mieux que moi. Présente-moi avant que quelqu’un décide que je dois parler de mon pseudonyme pendant vingt minutes.

Ethan sourit et la conduisit vers une responsable.

La conversation fut passionnante. Kate posa des questions sur le programme, écouta les difficultés d’accès aux livres dans certaines écoles, proposa un rendez-vous avec les gens capables de monter une aide durable. Aucune promesse spectaculaire devant les invités, à faire traiter ensuite par quelqu’un d’autre.

Ethan nota deux points, puis rangea son téléphone.

— Fin du travail ?

— Pour l’instant. Si vous recommencez à distribuer des rendez-vous au dessert, je ne promets rien.

Elle rit et prit son bras pour rejoindre leur table.

Jack les regardait.

Il sortit la main de sa poche. L’y remit. Il ne parlait plus à Célia, mais elle restait assez près pour que leur ancien couple tienne encore sur une photo.

La pointe de douleur revint. Kate la laissa passer sans accélérer le pas.

Le dîner commença. Ethan lui raconta un événement qu’il avait dû réorganiser en catastrophe parce que personne ne voulait admettre qu’il pleuvait. Humour sec, et cette façon de ne jamais rendre les gens plus ridicules que nécessaire. Elle aimait ça chez lui.

— Tu aurais dû travailler avec Lily beaucoup plus tôt. Vous vous seriez merveilleusement contredits sur les priorités.

— Je préfère la voir arriver quand j’ai fini le plan.

Kate rit encore.

À quelques tables de là, elle sentait le regard de Jack sans avoir besoin de tourner la tête.

Elle finit par la tourner. Justement parce qu’elle savait qu’il était là. Il soutint ses yeux. Elle avait de la colère en stock pour lui, et le souvenir d’un café où il n’avait pas essayé de lui voler une minute de plus. Elle ne pouvait pas juger toute la soirée sur une main aperçue sur une manche.

Elle lui adressa un petit salut et reprit sa conversation.

Après le dîner, Ethan accepta de danser. Il avait l’élégance de ne pas jouer une intimité qui n’existait pas. Ils dansèrent avec une facilité agréable, commentèrent une remarque entendue à table, et se séparèrent sans qu’il cherche à prolonger.

— Merci. Tu vas pouvoir découvrir si les gens ont d’autres questions que celles que je t’envoie d’habitude.

Il sourit et rejoignit une connaissance près des baies vitrées.

Kate alla chercher de l’eau.

Célia l’attendait presque quand elle se retourna.

— Katherine. Je voulais te féliciter pour toutes ces révélations. Tu nous avais bien caché ton jeu.

Kate posa son verre.

— Bonsoir, Célia.

— Tu es venue avec ton assistant ?

— Oui.

— C’est pratique. Quelqu’un qui connaît déjà ton agenda. Et qui est disponible quand il faut.

Le sourire était assez net pour que Kate n’ait pas besoin de chercher ce qui la rendait désagréable.

— Ethan n’est pas un accessoire assorti à ma tenue. Il a accepté de m’accompagner. Si tu veux lui parler, il est parfaitement capable de te répondre lui-même.

Célia haussa à peine les épaules.

— Je n’avais pas l’intention de l’offenser.

— Alors évite de commencer par ce genre de remarque.

Un silence. Célia jeta un coup d’œil vers Jack, qui venait de terminer une conversation.

— Tu as eu ce que tu voulais, en tout cas. Il n’a jamais arrêté de chercher comment te faire revenir. J’aurais dû comprendre que ton départ était très bien organisé.

La colère rendit à Kate une clarté immédiate. Presque agréable.

— Mon départ était organisé parce que je partais. Il n’a pas été préparé pour compliquer votre relation.

— Tu n’avais pourtant pas l’air très contrariée de le retrouver dans ton entreprise.

— Tu ne sais pas ce que j’ai ressenti. Tu ne le savais pas pendant mon mariage non plus. Tu pourrais essayer d’arrêter d’expliquer ma vie pour rendre la tienne plus supportable.

Célia se raidit.

— Il m’avait choisie.

C’était sorti plus douloureux qu’elle ne l’avait voulu. Kate le vit, et n’en tira pas le plaisir qu’elle aurait peut-être attendu.

— Oui. Et j’ai vécu ce choix. Je ne vais pas prétendre que c’était agréable. Mais je ne suis pas responsable de ce qu’il a décidé ensuite avec toi.

— C’est facile à dire, quand on est celle qu’il regarde toute la soirée.

Kate ne répondit pas tout de suite.

Jack venait d’arriver.

Il s’arrêta près d’elles. Sans poser la main sur l’une pour signaler à l’autre quelle place elle occupait.

— On va peut-être éviter de décider ici de ce que Katherine doit répondre de notre ancienne relation, dit-il à Célia.

Kate le regarda. Sa voix était calme. Et ce calme-là ne cherchait pas à l’interrompre, elle.

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