La porte de sa chambre
KatherineLes portes de l’ascenseur s’ouvrirent avant qu’elle ait cessé de sentir sa bouche.
Kate entra, appuya sur le bouton de son étage, regarda les portes se refermer. Sa paume la brûlait un peu. Elle referma la main. La rouvrit. La laissa retomber le long de sa robe.
Elle n’avait aucune envie de recommencer ce geste. Aucune envie de redescendre non plus.
Ce qu’elle voulait, avec une violence qui lui serrait la gorge, c’était retrouver les secondes d’avant. Sa main sur sa veste. L’envie de lui demander de monter. La possibilité de le laisser prendre l’initiative parce qu’elle en avait envie, sans qu’il y voie aussitôt la preuve qu’il avait toujours eu raison.
Faire semblant.
Elle ferma les yeux.
Il l’avait vue pleurer, autrefois. Pas souvent. Pas autant qu’elle avait pleuré seule. Assez pour savoir qu’elle n’avait pas inventé sa douleur pour rendre la reconquête plus piquante. Il avait reçu ses refus, ses messages, le courrier de Margaret. Il avait dû négocier avec une femme qui ne lui demandait plus de choisir ce qui l’arrangeait.
Puis elle l’avait embrassé. Et il avait cru pouvoir réduire tout ça à une attente un peu trop longue avant qu’elle cède.
Elle traversa le couloir sans se presser. Elle n’allait pas courir devant les portes de gens qui ne savaient rien de sa soirée.
La serrure clignota au premier passage de la carte.
Sac, veste, chaussures. La lumière réglée bas, le verre d’eau, ses affaires rangées avant de sortir. Rien à résoudre dans cette pièce. Sauf la place qu’il occupait encore dans son corps.
Elle alla se laver les mains. L’eau tiède sur sa paume. Elle releva les yeux vers le miroir.
Elle était toujours belle. La robe lui allait toujours. On n’avait rien retiré à la femme qui avait quitté le restaurant en lui tenant la main.
Elle avait seulement espéré une autre fin.
C’est là que les larmes vinrent.
Elle les laissa couler, assise au bord du lit. Elle ne se sentait ni petite ni abandonnée dans une chambre d’hôtel. Elle savait où elle rentrait demain, quel travail l’attendait, de quoi elle disposait. Elle avait mal parce qu’elle l’aimait encore. Et parce qu’elle venait de comprendre à quel point il en fallait peu pour qu’il retrouve confiance dans un pouvoir qu’il n’avait plus.
Son téléphone restait silencieux.
Elle le regarda une fois, sans le toucher.
S’il appelait, elle ne répondrait pas. Elle n’avait aucune envie de l’entendre arranger sa phrase, expliquer son intention, chercher dans le baiser une excuse qu’elle ne lui avait pas donnée. Qu’il supporte son silence, pour changer. Elle avait assez supporté le sien.
Elle appela Lily.
— Tu es rentrée ?
— Oui. Ça s’est mal terminé.
Lily attendit. Kate lui raconta la phrase, la gifle, la porte de l’hôtel. Pas le baiser. Elle n’avait pas besoin de donner cette partie-là pour que Lily comprenne pourquoi les mots avaient fait aussi mal.
— Il t’a suivie ?
— Non.
— Bien. Au moins un truc d’intelligent dans sa soirée.
Kate se passa la main sur les yeux.
— Je n’ai pas envie que tu me dises que j’aurais dû le voir venir.
— Je ne vais pas te le dire. Tu lui as laissé une chance. Il en a fait un truc débile. Tu n’as pas à être la seule personne assez intelligente pour que vos soirées restent vivables.
Un rire qui se brisa presque.
— J’avais vraiment envie de rester avec lui.
— Je sais.
— C’est ça qui m’énerve. Je peux décortiquer une décision commerciale et comprendre exactement ce qui n’allait pas. Là, je suis furieuse, et j’ai encore envie de sa main dans mes cheveux.
Lily ne proposa pas de solution. Elle demanda si elle voulait qu’elle passe. Kate refusa, sans dureté. Elle voulait dormir, rentrer chez elle, et ne pas transformer cette chambre en cellule de crise où son amour devrait être jugé avant le matin.
— Tu m’appelles demain.
— Oui.
Elle ôta la robe, l’accrocha soigneusement, prit une douche. Elle ne la fourra pas au fond d’une housse comme si le tissu était responsable.
Dans le lit, elle se tourna sur le côté.
Elle ne savait pas ce qu’elle lui dirait la prochaine fois. Elle savait seulement qu’elle n’allait pas lui expliquer son désir pour le rassurer sur ses chances d’obtenir le reste.
Avant d’éteindre, elle mit leur conversation en sourdine. Pas de rendez-vous. Pas d’explication au réveil. Elle voulait qu’il la laisse tranquille.
Cette fois, il allait devoir l’entendre.
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