Lily Stories
Tout ce que tu ignorais · Chapitre 37 sur 78

Une question de politesse

Katherine

Deux semaines plus tard, ils avaient un premier texte qu’on pouvait discuter sans tout recommencer à chaque page.

Kate ne le trouvait pas bon. Elle le trouvait assez sérieux pour justifier une nouvelle séance. Les équipes avaient appris à connaître la façon dont chacun revenait à une objection et celle dont il acceptait d’en retirer une.

À la pause, tout le monde passa au salon voisin. Kate resta noter une correction. Jack ne partit pas tout de suite.

— Tu as cessé de signer toi-même les réponses les plus désagréables ?

— Non. Lily aime trop son travail pour que je lui retire tout ce qui l’amuse.

Il sourit malgré lui.

Elle venait de lui arracher un point qu’il avait défendu vingt minutes. Elle savourait cette irritation sur son visage. Elle savourait aussi sa chemise, les manches relevées depuis qu’il avait ôté sa veste, la main dans ses cheveux quand il revint vers la table. Un peu trop, peut-être.

Il suivit son regard. Elle ne détourna pas les yeux assez vite pour lui laisser croire qu’il n’avait rien vu.

— Tu ne peux pas m’en vouloir de te regarder si tu fais pareil.

— Je peux t’en vouloir pour plein d’autres raisons. Ça me laisse une marge confortable.

— Tu as une réponse toute prête pour tout ?

— Tu m’as laissé beaucoup de temps pour les préparer.

Il se tut. Elle posa son stylo.

— Comment va Célia ? demanda-t-elle avec une politesse impeccable.

Son visage changea instantanément.

— Tu le sais.

— Je sais que vous n’êtes plus ensemble. Je demande comment elle va. Tu avais tellement de certitudes sur votre bonheur. J’imagine que ça n’a pas été agréable de lui expliquer.

Il posa les mains sur le bord de la table.

— Tu veux me faire payer ça aussi ?

— Tu as tenu à ce que je sache que tu en aimais une autre. Je l’ai su. Tu m’as laissée voir votre vie dans les journaux pendant des mois. Tu ne vas pas décider aujourd’hui que son prénom est trop inconfortable pour être prononcé devant moi.

Il inspira, le regard plus sombre.

— Je ne sais pas comment elle va. Nous avons réglé ce qui restait à régler. Je ne l’appelle pas pour lui demander de me rassurer.

La phrase resta entre eux. Kate sentit le coup, même s’il n’était peut-être pas tout à fait volontaire. Il savait désormais ce qu’il lui avait infligé, à elle. Il pouvait en tirer une conduite différente avec une autre et trouver encore difficile de ne pas réclamer quelque chose à Kate.

— C’est une bonne décision.

— Tu ne vas pas me laisser croire une seconde que j’ai gagné quoi que ce soit.

— Nous négocions un contrat. Ce que tu espères gagner ailleurs n’est pas à l’ordre du jour.

Il la regarda assez longtemps pour que la chaleur lui monte aux joues.

— Tu sais parfaitement que j’espère autre chose.

Kate se leva et prit son verre. Elle ne s’éloigna pas. Elle voulait qu’il entende la réponse sans qu’un mouvement de fuite lui permette de la réduire à de la peur.

— Alors tu vas devoir apprendre à vivre avec le fait que je ne suis pas pressée de te le donner.

Elle regarda sa bouche une seconde de trop. Il le remarqua, et quelque chose changea dans son expression. Une confiance qui revenait. Pas celle de pouvoir décider. Celle de savoir qu’il ne la laissait pas indifférente.

Elle reposa le verre avant de lui en laisser davantage.

— Les équipes reviennent. Le paragraphe sur la priorité ne passera toujours pas.

— Tu as attendu qu’ils reviennent pour me le dire.

— Non. J’avais refusé avant de demander des nouvelles de Célia. Tu peux faire circuler les deux informations séparément.

Elle s’assit au moment où Margaret entrait. Jack resta debout quelques secondes, puis reprit sa place avec un regard qu’elle connaissait assez pour savoir qu’il venait de décider de lui rendre la prochaine discussion plus difficile.

Ça lui donna presque envie de sourire.

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