Lily Stories
Tout ce que tu ignorais · Chapitre 36 sur 78

L’homme de l’agenda

Jack

Ethan lui annonça que Kate ne pouvait pas le recevoir avant même qu’il ait fini sa phrase.

— Elle est en entretien jusqu’à seize heures. Transmettez-moi le point à ajouter, je verrai avec elle s’il justifie un rendez-vous.

Jack avait vingt minutes entre deux réunions à Boston et avait décidé qu’une question du matin méritait un échange direct. Il aurait pu l’envoyer. Il était déjà dans le bâtiment.

— Nous venons d’en parler avec elle.

— Alors elle saura de quoi il s’agit quand je lui transmettrai votre message.

Respectueux, sans chaleur superflue. Jack reconnaissait ce professionnalisme. Il l’exigeait de ses propres équipes et le supportait très mal quand on le lui opposait.

Derrière la vitre d’une petite salle, il aperçut Kate avec David et deux collaborateurs. Veste retirée, avant-bras posés sur la table, elle écoutait quelqu’un expliquer un graphique. Son visage était concentré, mobile, vivant d’une attention qu’il avait voulue pour lui avant de découvrir qu’elle existait très bien sans lui.

Ethan frappa, entra, lui remit une note. Elle la lut, lui répondit quelques mots et lui sourit.

Jack eut envie de détester ce sourire. Il ne lui avait rien coûté d’autre que de bien faire son travail.

À seize heures, Kate sortit et s’arrêta en le voyant.

— Tu n’avais pas rendez-vous.

— Je pensais que la question de Martin pouvait se régler vite.

— Elle peut l’être par les équipes prévues pour ça. Qu’est-ce qui a changé depuis ce matin ?

Il lui montra une objection. Elle lut le document debout, sans lui proposer d’entrer.

— Ethan, transmets ça à David avec le tableau de jeudi. Il répondra avec les capacités vérifiées.

— J’ai aussi confirmé votre départ de demain. Vous aurez les documents avant le trajet.

— Merci.

Jack regarda l’échange comme on regarde une porte se refermer avec la bonne clé.

— Tu as donc quelqu’un pour décider quand on peut te parler, maintenant.

Kate leva la tête.

Ethan resta immobile une seconde. Il n’avait pas besoin de connaître leur mariage pour comprendre qu’on venait de se servir de lui dans une conversation qui ne concernait pas ses compétences.

— Ethan organise mon agenda selon mes instructions. Ce que tu viens de lui reprocher, c’est de les respecter.

— Je ne lui reprochais rien.

— Alors tu peux le lui dire directement.

Le silence parut interminable. Ethan ne se cachait ni derrière Kate ni derrière un sourire. Il attendait que Jack choisisse comment sortir de sa propre phrase.

— Je n’ai aucune objection sur votre travail.

— Très bien, monsieur Whitmore.

— Tu peux nous laisser une minute, Ethan ? Je te rejoins pour le programme de demain.

Elle attendit qu’il s’éloigne et regarda Jack sans aucune douceur.

— Tu ne recommences pas.

— Quoi ?

— Lui parler comme s’il devait te prouver qu’il mérite d’être dans ma journée. Il travaille pour moi. Ce n’est ni un rival ni un moyen d’obtenir une réaction.

— Tu lui fais confiance très vite.

Un petit rire incrédule.

— Pour tenir un agenda et faire circuler des dossiers ? Oui. Ce sont ses fonctions. Tu trouves ça difficile à comprendre uniquement parce que c’est un homme qui sait à quelle heure je quitte Boston.

Elle avait vu trop juste. Il se raidit encore.

— Je ne suis pas jaloux de ton assistant.

— Alors arrête de te comporter comme si tu l’étais.

Elle tourna les talons.

Il fit un geste pour reprendre la conversation et s’arrêta. Elle ne lui avait pas accordé un tête-à-tête. Elle lui avait donné une minute pour corriger un comportement. Nuance.

Elle s’éloigna avec cette assurance qui lui laissait tout le loisir de la regarder et aucune façon honorable de la retenir. Il suivit le mouvement de sa jupe, son dos, ses cheveux qu’elle ramena derrière l’épaule en répondant déjà à Ethan.

Il avait envie de l’embrasser assez fort pour lui en vouloir. Il avait aussi envie d’obtenir d’elle une réponse qu’elle ne donnerait pas aussi facilement à n’importe quel homme dans ce couloir.

Il reprit l’ascenseur avec ces deux envies et ne trouva aucune raison d’en parler à Paul.

Envie de lire la suite sans réseau ?

Installer l'appli