Lily Stories
Tout ce que tu ignorais · Chapitre 2 sur 78

Les conditions générales

Katherine

Le samedi, Katherine s’éveilla avant Jack. Il dormait contre son dos, une jambe entre les siennes, le bras autour de sa taille. Quand elle voulut se lever, ses doigts se refermèrent par réflexe sur son poignet.

— Tu vas où ? demanda-t-il sans ouvrir les yeux.

— Aux toilettes, si tu veux bien me rendre ma main. Je promets de revenir sans faire de détour.

Il sourit et la lâcha. Quand elle se glissa de nouveau sous les draps, il l’attira contre lui sans se réveiller tout à fait. Sa bouche dans ses cheveux, le poids de son bras. Ils se rendormirent, après tout, le soleil n’était pas encore levé.

La seconde fois, la place de Jack était vide. Des bruits de vaisselle au rez-de-chaussée, puis le moulin à café. Elle resta un moment à écouter ces bruits-là, rares dans cette maison, avant d’enfiler son gilet.

Jack se tenait près de la cafetière, en pantalon souple et tee-shirt, son téléphone abandonné à l’autre bout du comptoir. Il mesurait les grains avec le sérieux qu’il mettait aux choses qu’il prenait le temps de faire.

— Tu es debout depuis longtemps ?

— Une demi-heure. Tu dormais bien.

— Tu aurais pu rester.

— J’avais envie de café. Le tien est prêt.

Elle y ajouta un peu d’eau chaude.

— Trop fort ?

— Juste un peu.

Il hocha la tête avec cette attention brève qu’elle connaissait. Elle le lui avait dit cent fois. Cent cinquante, peut-être ; elle avait cessé de compter vers la deuxième année, par hygiène mentale. La cent cinquante et unième n’y changerait rien : la prochaine tasse serait aussi forte, et elle y verserait de l’eau sans rien dire. Elle, elle savait exactement comment il aimait le sien. Elle n’avait jamais eu besoin qu’on le lui rappelle.

Il venait de la laisser dormir et de la garder contre lui au petit matin. Elle n’allait pas gâcher ça.

Il lui montra un message de Daniel : six personnes au lieu de quatre, si cela ne posait aucun problème.

— Miles vient avec quelqu’un ?

— Non. Daniel a invité les Reed. Tu les as déjà rencontrés ?

— Au mariage de ta cousine.

— Exact.

Il parut content qu’elle s’en souvienne. Elle aurait pu ajouter qu’il l’avait laissée seule avec eux une heure et demie pour prendre un appel. Dans la lumière douce de la cuisine, le souvenir lui sembla mesquin.

Ils descendirent à la plage. Jack avait laissé son téléphone à la maison ; elle remarqua l’absence du rectangle dans sa poche comme on remarque un tableau décroché. Il lui parla du voilier qu’il avait appris à manœuvrer adolescent. Elle lui raconta le chien de la voisine, convaincu que chaque mouette lui en voulait personnellement. Il rit. Là où le chemin se resserrait entre deux rochers, il lui tendit la main sans y penser. Elle la prit. Ils gardèrent les mains liées quelques mètres de trop sur le sable plat, et elle n’aurait pas su dire lequel l’avait lâchée le premier.

Au retour, un livreur attendait à la grille. Jack signa, puis lui rapporta une petite boîte.

— J’avais demandé que ça arrive hier.

Un bracelet d’or pâle sur du velours. Le modèle qu’elle avait regardé dans une vitrine de Boston, des mois plus tôt.

— Tu t’en souviens ?

— Tu avais dit que tu l’aimais.

Il retenait donc certaines choses. La pensée lui fit honte aussitôt. Il n’était pas un examen dont elle notait les bonnes réponses.

— Merci, Jack.

— Viens.

Il fixa lui-même le fermoir, les doigts précis, patients avec le petit mécanisme. Elle regardait sa bouche. Il releva la tête et l’embrassa ; le bracelet glissa entre leurs doigts. Son téléphone sonna dans l’entrée. Jack ne bougea pas. Il attendit la fin de la sonnerie, effleura encore ses lèvres et resta le front contre le sien.

— Il faudra que je rappelle. Ils peuvent apprendre à patienter une minute.

C’était précisément ce qui rendait ses absences si difficiles à lui reprocher : quand il la tenait ainsi, elle retrouvait toutes les raisons de l’attendre.

Le dîner commença à vingt heures.

Katherine avait choisi une robe bleu nuit qui laissait ses bras nus. Quand elle le rejoignit au bas de l’escalier, il leva les yeux de son téléphone et ne les baissa plus.

— Tu es très belle.

Le compliment l’atteignit avec une force disproportionnée.

Il effleura le bracelet.

— Tu l’as mis.

— Bien sûr.

Il l’embrassa à la naissance du cou.

— Tu sais ce que cette robe me fait. Je vais passer la soirée à écouter Daniel en ayant l’air de penser à autre chose.

— Daniel remarquera surtout si tu oublies de lui servir à boire.

Il la garda contre lui jusqu’à la sonnette et, pendant le repas, retrouva souvent sa main sous la table.

Daniel était large, déjà grisonnant, et embrassait les gens sans précautions. Hannah serrait un bouquet de dahlias contre elle. Miles suivait, une bouteille sous chaque bras. Les Reed arrivèrent dix minutes plus tard, encore occupés à se contredire sur l’itinéraire.

Katherine aimait recevoir quand elle n’avait pas à feindre de connaître les gens. Hannah ne mangeait pas de crustacés, Daniel évitait le rouge quand il conduisait, Miles demandait toujours du pain sans oser prendre le dernier morceau.

— Tu nous caches quelque chose, lui dit-il au plat principal. Ce traiteur. Jack refuse de me donner son nom.

— Parce que tu le monopoliserais, dit Jack.

Ils parlèrent d’une exposition, du fils des Reed qui changeait encore d’université. Puis Daniel évoqua un article lu le matin.

— Ils ont encore refusé ?

Jack reposa son couteau.

— Ils n’ont pas refusé. Ils ont rendu la discussion inutile.

— Astera ? demanda Miles.

Katherine sentit le fermoir du bracelet contre sa peau.

— Qui d’autre ?

Hannah se tourna vers elle.

— L’éditeur des romans que je t’ai recommandés. La femme qui traverse une ville inondée. Jane Wilkins.

— Je vois.

— Je n’ai toujours pas fini le dernier. Je fais durer. Daniel dit que je suis ridicule.

— Daniel voudrait récupérer sa lampe de chevet, corrigea son mari.

Jack revint à Miles.

— Ils éditent, distribuent et vendent sans nous. Chaque auteur qui les rejoint nous retire des livres et des acheteurs. Avec notre réseau, ils vendraient le double, et ils refusent même d’étudier ce qu’on apporterait en entrant à leur capital.

— Avec quelle marge pour eux ? demanda Katherine.

Il tourna la tête vers elle.

— Ça dépendrait de l’accord.

— Et ils garderaient leurs clients ?

— Leurs lecteurs pourraient toujours commander directement.

— Mais vous récupéreriez leurs habitudes d’achat.

Miles leva son verre.

— Elle te pose la question que ton équipe évite.

— Mon équipe la connaît. C’est même pour ça que ces négociations n’en finissent pas.

Il n’était pas agacé. Il semblait plutôt content de tomber sur un sujet qu’il maîtrisait.

— Leur patronne est redoutable, poursuivit-il. Elle laisse ses directeurs discuter des semaines, et au dernier moment vous recevez une réponse qui prouve qu’elle a lu jusqu’à la dernière virgule. Impossible de l’avoir en direct.

— Tu l’as rencontrée ? demanda Hannah.

— Personne ne la rencontre.

— Quelqu’un doit bien la rencontrer, dit Katherine.

Il lui sourit.

— Tu vois ce que je veux dire.

Elle prit une petite bouchée et reposa sa fourchette. Cette réponse, elle l’avait validée la veille, dans la cuisine, entre le persil et le poisson.

— Je croyais qu’Astera appartenait à un fonds, dit Reed.

— Une holding privée. Il y a eu une succession, puis une restructuration. À l’époque, j’aurais dû regarder de plus près.

— Tu voulais acheter ? demanda Katherine.

— Prendre une participation.

— Et aujourd’hui ?

— Aujourd’hui, j’aimerais déjà un accord commercial. On construit plus facilement la suite quand on a commencé à travailler ensemble.

La suite. Elle pensa aux dix-huit mois d’exclusivité rangés dans l’annexe trois et sentit monter une envie presque joyeuse de répondre.

Appelle Lily lundi. Propose six mois, sans les données nominatives. Et ne me demande pas d’affaiblir mon entreprise pour renforcer la tienne.

Il l’aurait regardée. Enfin, il l’aurait regardée autrement.

Mais il aurait fallu expliquer cinq ans, ouvrir devant cette table une chose qui n’appartenait qu’à elle. Et Hannah parlait maintenant de la fin du roman, les mains en mouvement, et Katherine voulait entendre ce qu’elle avait compris de son héroïne. On lui offrait si rarement un avis qui ne cherchait pas à lui faire plaisir.

— Je crois qu’elle revient, disait Hannah.

— Qui ? demanda Jack.

— L’héroïne. À la fin du deuxième livre. Elle prétend chercher autre chose, mais elle revient pour son frère.

— Pourquoi ? demanda Katherine.

Hannah se tourna vers elle, ravie.

— Parce qu’elle emporte deux billets de train. C’est à peine mentionné. Pourquoi deux ?

Le visage de Katherine se détendit malgré elle.

— Peut-être qu’elle espère ne pas repartir seule.

— Exactement !

Pendant quelques minutes, la conversation lui appartint. Jack l’écoutait ; il restait tourné vers elle alors que Miles lui parlait à l’oreille. Elle finit sa phrase, croisa son regard, et baissa les yeux sur son assiette.

Après le départ des invités, il n’y avait presque rien à ranger. Elle trouvait pourtant des objets à déplacer.

— Tu as passé une bonne soirée ?

— Oui. Hannah est agréable.

— Elle t’aime bien.

Elle posa deux coupes dans l’évier.

— Je pourrais venir en ville la semaine prochaine.

— Bien sûr. Je dis à mon chauffeur de passer te prendre ? Tu éviterais les embouteillages.

— J’ai ma voiture. Je pensais surtout venir dîner avec toi.

— Ah.

Il ouvrit son agenda.

— Mardi, impossible. Mercredi, peut-être, assez tard. Je fais réserver quelque chose.

— On peut aussi manger à l’appartement.

— Comme tu veux.

Elle attendit qu’il propose un jour. Il avait ouvert un autre message.

— Jack ?

Il releva aussitôt la tête.

— Pardon. Oui. Je te confirme lundi.

Il vint lui prendre un verre des mains.

— Laisse ça. Quelqu’un passera demain.

Sa main resta sur la sienne. Quand il se pencha, elle leva le visage. Le baiser fut lent, puis moins sage ; elle s’accrocha à sa chemise et sentit son souffle changer contre sa bouche. Il lui suffisait de si peu pour croire qu’ils allaient enfin parler autrement.

Cette nuit encore, il la garda contre lui. Elle s’éveilla avant l’aube, la joue sur son épaule, et ne bougea pas pour ne pas perdre trop vite cette heure où personne ne l’attendait nulle part.

La conversation sur Astera lui avait rappelé une autre soirée, trois semaines plus tôt, à Manhattan.

Elle y était arrivée au bras de Jack, dans une robe vert sombre qu’il avait choisie entre les deux qu’elle lui avait montrées. Le gala finançait des bourses pour les jeunes qui sortaient de l’aide sociale à l’enfance. Katherine y donnait réellement quelques heures par mois et aurait voulu retrouver la responsable des accompagnements. Jack l’avait retenue pour un portrait, puis un autre, lui avait demandé de se tourner vers la lumière et, en découvrant le résultat sur l’écran du photographe, avait effleuré sa taille avec satisfaction.

— Tu es magnifique, Kate. Je vais devoir faire semblant de ne pas voir les gens se retourner.

Puis un homme était venu lui parler des résultats de Westbridge, et un cercle s’était ouvert pour lui.

Lily se tenait près d’une haute table, les cheveux blonds sous le lustre, son tailleur ivoire au milieu des robes. Deux hommes l’écoutaient. En apercevant Kate, son visage s’éclaira ; son regard glissa sur Jack, et son sourire changea d’un degré.

Jack l’avait vu.

— Ta directrice préférée nous a repérés. Je vais essayer de ne pas gâcher ses cinq premières minutes.

— Elle s’en remettrait, avait répondu Kate. Je ne suis pas sûre que tu puisses en dire autant.

Il lui avait jeté un regard surpris, ravi de cette petite insolence.

Lily avait embrassé Katherine avant de se tourner vers lui.

— Jack. J’ai lu ton communiqué. Encore une acquisition ? Tu vas finir par manquer de maisons à avaler.

— J’en laisse quelques-unes à la concurrence. Je ne voudrais pas que tu t’ennuies au point de venir surveiller ma façon de diriger.

— Elle m’occupe déjà beaucoup sans que j’y consacre mes soirées.

Les deux hommes s’étaient éclipsés avec le tact de ceux qui sentent qu’une conversation sera plus amusante à écouter de loin. Jack avait offert un verre d’eau à Kate et posé la main au bas de son dos.

Il était aimable avec Lily. Il l’avait toujours été, d’une amabilité dont l’effort ne se voyait que si on le connaissait. Deux fauves bien élevés qui partageaient le même point d’eau et se détestaient avec d’excellentes manières. Ils ne s’aimaient pas. Kate les obligeait à se croiser, et le travail leur fournissait assez de munitions pour que leurs piques ne soient jamais tout à fait gratuites.

— J’ai reçu ton refus. Je me demande si tu lis nos propositions ou si ton assistante a trouvé comment les renvoyer avant d’ouvrir la pièce jointe.

— Je les lis. C’est ce qui rend le refus si facile. Change quelque chose de plus significatif que la date en première page, et je répondrai peut-être autrement.

— Je pourrais aussi parler directement à ta patronne. Tu ne lui serviras pas de rempart indéfiniment, Lily. Elle aimerait peut-être examiner une opération sans que tu lui en aies récité les dangers avant le café.

— Elle sait lire, décider et signer sans que je lui tienne la main. Quand elle refuse, tu peux envisager que ce soit sa réponse, pas la mienne. Même si je suis souvent d’accord avec elle.

Katherine avait baissé les yeux sur son verre. L’offre était encore ouverte sur son écran quand elle avait commencé à s’habiller. Lily avait écrit dans la marge : Il appelle ça nous laisser libres. Kate avait répondu par trois lignes et sa signature.

— Puisqu’elle décide si bien, elle devrait pouvoir m’accorder un rendez-vous. Je te promets de ne pas la convaincre uniquement pour te contrarier.

— Je trouve toujours touchant que tu doutes de mes compétences au moment précis où tu voudrais que je te facilite la tâche.

— Je n’en doute pas. Je soupçonne que tu t’en sers parfois pour le plaisir de me dire non.

— Le plaisir est réel. Mais il ne figure pas dans mes motifs écrits. Je tiens à rester irréprochable.

Il avait ri, et Kate avait senti la tension de son poignet contre son dos. Jack savait parfaitement qui lui répondait. Il pouvait feindre de prendre Lily pour une exécutante zélée ; il ne serait pas resté aussi longtemps devant elle s’il l’avait crue facile à contourner.

— Vos cinquante pour cent vous donnent de l’assurance. Il faudra financer le reste. Vous éditez, vous stockez, vous distribuez, vous payez vos équipes au-dessus du marché. Un jour, quelqu’un regardera ce qui reste dans les comptes.

— On a regardé. Les auteurs aussi. C’est ce qui les aide à choisir entre cinquante pour cent chez nous et quatre chez toi.

— Tu compares un pourcentage avec tout ce qu’une maison peut leur apporter.

— Je compare ce qu’ils touchent, les droits qu’ils gardent et la façon dont on les traite une fois le contrat signé. Ils ne viennent pas parce que je leur ai souri dans un salon. Tu sais que je suis très mauvaise à ça.

— C’est l’un des rares points où nous sommes entièrement d’accord.

La trêve avait duré une gorgée.

— Tu as repris Waverly en mars. Deux de leurs auteurs ont signé chez nous à l’expiration de leur contrat. Ils ont fait le calcul que tu demandes à tout le monde de faire.

— Je m’interroge sur la durée de votre modèle. Quand leurs exigences auront grimpé avec vos charges, il te faudra plus qu’un beau discours.

Katherine avait eu envie de répondre. Elle connaissait les marges par collection, les intermédiaires qu’elles avaient cessé de payer pour atteindre le même lecteur, ce qu’elles avaient accepté de gagner en moins et ce qu’elles avaient renoncé à publier. Ce modèle ne lui avait pas été offert avec l’héritage. Elle l’avait construit avec Lily, nuit après nuit.

Mais Jack parlait à la directrice exécutive. Son épouse se tenait à son bras, belle dans la robe qu’il aimait.

— C’est pour ça qu’on a des comptes, avait répondu Lily. Et une propriétaire capable de les lire. Tu admires assez ses réponses pour le savoir.

— Je respecte quelqu’un qui sait me tenir tête sans perdre de vue ce qu’il veut. J’aimerais seulement vérifier qu’elle est aussi intéressante à écouter qu’à lire.

Quelque chose s’était contracté sous les côtes de Kate.

Elle avait cherché la formule de son dernier refus en marchant pieds nus dans leur chambre pendant qu’il prenait sa douche. Il était sorti, avait posé la main sur sa nuque et l’avait embrassée. Elle avait refermé l’ordinateur avant qu’il voie l’écran.

Lily l’avait regardée une seconde. Sa colère ne concernait plus Westbridge.

— Elle a de la conversation. Encore faut-il prendre le temps de l’écouter.

Jack avait tourné sa coupe entre ses doigts. Il avait senti la pique, pas tout ce qu’elle portait.

— Un refus n’est pas toujours une invitation à insister jusqu’à obtenir l’autre réponse, avait ajouté Lily.

Kate avait fait un infime mouvement de tête. Lily avait ravalé la suite.

La main de Jack était remontée dans son dos.

— Je t’ennuie, Kate ? On a transformé un gala en négociation, et Lily ne m’accordera aucune remise ce soir.

— Je peux suivre une conversation sur les livres. Il m’arrive d’en ouvrir un.

Il avait souri, charmé par une pointe dont il ne mesurait pas la portée.

— Je sais bien. Mais je t’avais promis une soirée agréable.

Elle aurait voulu qu’il lui demande ce qu’elle pensait des cinquante pour cent, et qu’il accepte une réponse assez longue pour en être surpris. Il l’avait embrassée à la tempe, avec une tendresse qui lui avait fermé les yeux malgré elle.

— Je te ferai suivre notre réponse, avait dit Lily. Tu pourras encore contester mon jugement. Ça nous évitera de perdre nos habitudes.

— Je préfère tenter ma chance avec ta patronne.

— Je transmettrai ta demande. Encore...

Un homme les avait rejoints, avait salué Lily comme la directrice d’Astera, puis Jack, puis s’était tourné vers Katherine. Jack avait présenté son épouse et parlé avec fierté du programme de bourses auquel elle consacrait son temps. Elle savait parler de son bénévolat. Elle aurait pu aussi expliquer pourquoi son mari n’entrerait jamais au capital d’Astera. Personne n’avait pensé à lui poser cette question-là.

Avant de s’éloigner, Lily lui avait effleuré le poignet.

— Je t’appelle demain.

Jack n’y avait vu qu’une affection entre deux amies.

Dans la voiture, il l’avait attirée contre lui, avait écouté le récit de ses quelques minutes avec la responsable des bourses, glissé les doigts dans sa main. Elle avait répondu à son baiser avec cette envie de lui qui résistait même aux soirées dont elle revenait blessée. Il avait félicité Lily d’avoir défendu son camp avec talent, puis reparlé de la propriétaire qu’il voulait rencontrer. Katherine avait posé la tête sur son épaule, incapable de lui offrir l’une des deux femmes sans craindre de perdre l’autre.

Le lendemain du dîner chez eux, Jack repartit avant le déjeuner.

Le lundi, elle ne reçut pas de confirmation.

Le mardi soir, elle rangea la robe qu’elle avait sortie pour leur dîner en ville.

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