Lily Stories
Ce que tu n’auras plus · Chapitre 44 sur 51

L’invitation

Mathew

Il apprit l’exposition par un client.

L’homme lui parlait d’un voyage à New York, d’un dîner prévu la veille et des difficultés à obtenir un rendez-vous à la galerie en dehors du vernissage.

— Stevens montre une collection entière, dit-il. Vous avez vu quelque chose ?

Mathew posa le document qu’il tenait.

— Non.

— Il paraît que même ses acheteurs habituels n’ont pas pu choisir avant. Mon conseiller essaie d’avoir un catalogue.

Il poursuivit sur une autre acquisition. Mathew lui répondit, retrouva les montants qu’ils examinaient et termina l’entretien sans demander de détail supplémentaire.

Lorsqu’il fut seul, il ouvrit le site de la galerie.

La date apparaissait sous une photographie d’Abby prise dans une salle vide. Elle portait une chemise sombre, les manches relevées, et regardait quelqu’un hors du cadre. Son carré avait repoussé de quelques centimètres depuis l’image qu’il avait gardée. Sous la lumière, le roux semblait presque noir près de la nuque.

Il resta devant son visage avant de lire le titre.

« La place laissée. »

Une seule reproduction était visible. Une femme debout, le dos tourné, une porte au fond de la pièce.

Il agrandit l’image, puis la réduisit. Il n’arrivait pas à distinguer la main. Il aurait voulu voir ce qui l’empêchait de regarder ailleurs.

Le 18 mai.

Il nota la date sur une feuille avant de se demander à quoi cela lui servirait. Il n’avait pas été invité. Il n’allait pas acheter sa place dans la salle en demandant à un collectionneur de l’emmener.

Il referma la page.

L’invitation arriva neuf jours plus tard.

Un carton était joint à un courrier professionnel. Son nom, celui de l’entreprise, le titre de l’exposition et une demande de confirmation auprès de l’équipe de Moira. Elle avait signé le message qui accompagnait l’envoi.

Il le lut debout près de son bureau.

Il n’y avait pas un mot d’Abby.

Il regarda l’adresse d’expédition, le numéro indiqué, puis le carton encore une fois. Il avait imaginé tant de manières d’apprendre qu’elle souhaitait le revoir qu’une invitation ordinaire lui paraissait presque impossible à comprendre.

Il répondit par courriel à Moira.

« Je vous remercie. Pouvez-vous me confirmer que cette invitation m’est bien destinée ? »

La réponse arriva pendant son déjeuner.

« Oui. Vous êtes invité au vernissage à titre professionnel. Merci de confirmer votre présence auprès de notre équipe. »

Il posa le téléphone et resta devant son assiette.

À titre professionnel.

Il pouvait entendre la précaution. Il pouvait également se rappeler qu’il n’avait aucune garantie qu’Abby lui adresserait autre chose qu’un bonsoir.

Il confirma avant la fin du repas.

Dans l’après-midi, il appela Daniel. Le conseiller avait suivi les dernières opérations de communication et restait consulté lorsque les événements pouvaient ramener son nom près de celui d’Abby.

— Vous souhaitez y aller ? demanda-t-il après avoir lu l’invitation.

— Oui.

— Pour les tableaux ?

Mathew regarda la reproduction qu’il venait d’ouvrir de nouveau.

— Pour les tableaux aussi.

Daniel ne commenta pas.

— Nous prenons contact avec leur équipe sur les conditions d’accueil. Vous ne demandez pas un entretien à part en arrivant et vous ne supposez rien de ce que cette invitation signifie personnellement.

— C’est très clairement écrit.

— Je préférais l’entendre de vous.

Il sentit un mouvement d’agacement, puis le laissa passer. C’était exactement le genre d’agacement qui lui aurait autrefois paru une raison de prouver qu’il décidait encore.

Il réserva son voyage en fonction de la soirée, ajouta un rendez-vous utile le lendemain et choisit un hôtel qui ne se trouvait pas dans la rue de la galerie.

Charlotte lui écrivit le dimanche pour lui demander s’il avait retrouvé un livre qu’elle lui avait conseillé. Il répondit qu’il l’avait commencé, puis lui dit qu’il devait retourner à New York.

— Pour elle ? demanda-t-elle lorsqu’ils parlèrent un peu plus tard.

Il hésita.

— Pour son exposition. Je suis invité.

— Ce n’est pas exactement la même réponse.

— Je sais.

Elle ne lui souhaita pas de la reconquérir. Elle lui demanda simplement de ne pas oublier ce qu’il venait de reconnaître.

Avant de partir, il passa devant la toile du salon et s’arrêta.

Il l’avait achetée en croyant ramener une présence d’Abby dans une pièce où elle ne voulait pas venir. Il allait maintenant regarder ce qu’elle avait décidé de montrer d’elle-même, à tout le monde, sans pouvoir choisir ce qu’il y trouverait.

La pensée lui donna un peu peur.

Il retourna vers sa valise, retira une chemise, en remit une autre et finit par rire de lui-même.

Dans l’avion, il lut les pages du livre sans retenir toutes les phrases. Il revint deux fois à la photographie de l’invitation.

La femme peinte avait une main posée près de sa hanche. La porte restait dans le fond.

Il ne savait toujours pas si elle allait se retourner.

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