Lily Stories
Ce que tu n’auras plus · Chapitre 42 sur 51

Ce qui reste avec lui

Mathew

Charlotte ne lui demanda pas de raconter la première tromperie.

Elle était dans la chambre. Il n’aurait rien pu lui apprendre sur ce qu’Abby avait découvert en ouvrant la porte.

Ce fut lui qui y revint lors de leur deuxième café, trois semaines après le premier.

— Elle avait fini ses examens, dit-il. Elle avait acheté de quoi dîner.

Charlotte baissa les yeux.

— Je sais.

Il s’arrêta.

— Tu savais ?

— Je t’ai entendu lui parler de l’examen. Et j’ai vu le sac quand tu as voulu la suivre. Je ne savais pas tout le reste.

Elle posa sa tasse.

— À l’époque, j’ai surtout essayé de croire qu’elle n’était déjà plus vraiment avec toi. Ça m’arrangeait. Tes parents parlaient de vous comme de quelque chose qui allait finir. Toi, tu ne me disais pas le contraire assez clairement pour me faire partir.

Mathew regarda la table.

— Je n’aurais pas dû te laisser croire ça non plus.

— Non.

Elle le dit sans chercher à faire durer l’effet.

— Je ne vais pas prétendre que je n’avais aucune responsabilité, ajouta-t-elle. J’avais envie d’être choisie. Je pensais qu’une fois ensemble, tout deviendrait différent.

— Je t’ai épousée.

— Oui. Et nous avons essayé, Mathew. Il y a eu de bons moments. Mais le mariage n'est pas la garantie d'une vie de couple réussie.

Elle n’avait pas l’air de vouloir lui faire payer six années dans une conversation. Cela l’obligeait presque davantage à écouter.

— Tu t’absentais même quand tu étais là, poursuivit-elle. Tu attendais de moi une vie dans laquelle tu pourrais rentrer quand elle te convenait. Et quand je protestais, tu me donnais l’impression de compliquer quelque chose qui aurait dû rester agréable.

Il pensa au matin où Abby lui avait dit qu’elle ne voulait pas déjeuner avec lui.

— Je croyais faire beaucoup d’efforts, dit-il.

Charlotte eut un petit sourire.

— Tu en faisais. Pour obtenir ce que tu voulais. Tu pouvais être charmant, généreux, très présent. J’aimais ces moments-là. Je me demandais seulement ce qui se passait quand je ne voulais pas la même chose que toi.

Le silence dura.

Elle finit par lui demander si le café avait refroidi. Il le goûta sans y avoir ajouté de sucre et grimaça.

Charlotte rit.

— Certaines choses ne changent pas.

— Je travaille sur les autres.

Elle acquiesça, sans lui demander de résultats immédiats.

Ce printemps-là, il recommença à sortir davantage. Des amis l’invitaient, des partenaires de travail le retenaient après un dîner. Il savait encore entrer dans une conversation, faire rire, regarder une femme de manière à lui laisser comprendre qu’elle lui plaisait.

Avec Eva, cela fut simple au début. Elle travaillait dans l’architecture, connaissait plusieurs de ses amis et avait une manière très précise de se moquer des maisons où il était reçu. Il passa une première soirée à rire plus qu’il ne l’avait fait depuis longtemps.

Il la revit.

Elle vint chez lui après le dîner. Ils s’embrassèrent dans l’entrée. Il eut envie d’elle, puis remarqua par-dessus son épaule le cadre de la toile d’Abby.

Le mouvement fut minuscule. Eva le sentit.

— Tu es ailleurs ? demanda-t-elle.

Il revint à son visage.

— Un peu.

Elle retira doucement sa main de sa nuque.

— C’est une mauvaise soirée ou une mauvaise période ?

Il aurait pu dire que tout allait bien. Il savait donner assez de chaleur à sa voix pour qu’elle accepte de continuer.

— Une mauvaise période, répondit-il.

Eva le regarda une seconde, puis acquiesça. Ils se servirent de l’eau, parlèrent encore et elle repartit sans qu’il cherche à lui faire jouer un rôle qu’elle n’avait pas choisi.

Le lendemain, il la remercia pour la soirée et lui dit qu’il ne préférait pas lui proposer une suite qu’il ne saurait pas vivre correctement. Elle répondit qu’elle avait apprécié son honnêteté, un peu tardive, mais bienvenue.

Il sourit malgré lui devant la précision.

Il n’avait rien promis à Abby. Il ne pouvait pas la trahir en embrassant une autre femme. Il avait pourtant éprouvé cette impression avec une netteté qui lui donna envie de l’appeler.

Il ne le fit pas.

Sa mère, elle, n’avait pas cessé de laisser des messages. Après plusieurs semaines de conversations évitées, il accepta un déjeuner dans la maison familiale.

Victoria l’accueillit comme si le temps avait suffi à ranger leurs désaccords. Elle parla de son travail, des amis qui demandaient de ses nouvelles, puis d’une femme qu’il connaissait depuis longtemps et qu’elle avait invitée à un prochain dîner.

— Je ne viendrai pas, dit-il.

— Tu n’as même pas entendu la date.

— Je n’ai pas besoin de la connaître pour comprendre ce que tu prépares.

Elle posa sa serviette.

— Tu ne vas pas passer ta vie à attendre une femme qui t’a humilié devant tout le pays.

Il sentit son propre visage se fermer.

— Je t’avais demandé de ne plus parler d’elle comme ça.

— Il faudrait peut-être que quelqu’un te rappelle ce qu’elle t’a coûté.

— Elle ne m’a rien fait perdre en mentant. J’ai perdu New York avec ce que j’ai fait. Tu n’es pas obligée de l’aimer pour l’admettre.

Victoria se leva, puis revint vers la table.

— Tu me parles comme si j’étais ton ennemie.

— Je te parle comme à quelqu’un qui continue à ne pas m’entendre.

La dispute dura plus longtemps qu’il ne l’aurait voulu. Il ne réussit pas à rester calme tout du long. Il lui reprocha encore Charlotte, les dîners, le mépris ancien ; puis il s’arrêta avant de faire de sa mère la propriétaire de ses décisions.

— Je suis responsable de ce que j’ai fait, dit-il. Mais je n’ai pas à continuer à te laisser le justifier.

Il prit sa veste.

— Je ne viendrai plus. Je ne prendrai plus tes appels pour entendre cela sous une autre forme.

— Tu vas couper les ponts pour elle ?

Il regarda sa mère.

— Je le fais parce que je te l’ai demandé plusieurs fois et que tu refuses de t’arrêter.

Il partit sans attendre qu’elle lui donne une permission de plus.

Dans la voiture, il resta longtemps avant de démarrer. Il n’avait pas le soulagement d’un homme qui aurait enfin gagné une dispute.

Il avait seulement cessé de lui réserver la suivante.

Envie de lire la suite sans réseau ?

Installer l'appli