Lily Stories
Ce que tu n’auras plus · Chapitre 20 sur 51

Une place à prendre

Mathew

Il y avait deux tasses à laver et une seule dont il n’avait pas envie de s’occuper.

Mathew resta devant l’évier, regarda la trace de lait au fond de celle d’Abby et finit par la poser dans le lave-vaisselle. La cuisine redevint immédiatement plus ordinaire.

Il avait un samedi entier devant lui. Il n’avait pas su quoi en faire après avoir imaginé qu’elle le partagerait.

Il se doucha, rangea la chambre et changea les draps avant de trouver ce geste particulièrement stupide. Il s’assit pour répondre à un message de Californie. Au bout de dix minutes, il n’avait écrit que le prénom du destinataire.

Abby répondit à sa plaisanterie sur le café vers onze heures.

Il sourit en la lisant, proposa un dîner et posa l’appareil près de son ordinateur, écran visible.

Elle ne répondit plus.

Il finit par sortir courir. Cela lui évita de regarder le téléphone pendant quarante minutes et lui donna une excellente raison d’être de mauvaise humeur lorsqu’il constata, en rentrant, que rien n’avait changé.

Le lundi fut plus facile. Il connaissait les rendez-vous, les documents, les décisions qui lui appartenaient. Nathan l’attendait avec une demande de prix et le nom d’un acheteur qui voulait visiter l’exposition en dehors des horaires habituels.

— Il a demandé Abby, précisa-t-il.

Mathew prit la fiche.

— Je vais voir avec elle.

— Moira nous a déjà proposé deux horaires. Elle ne peut être présente qu’au début du second.

— Alors confirme le second.

Nathan le regarda.

— C’est à lui de choisir.

— Appelle-le. Tu verras lequel il prend.

Nathan revint dix minutes plus tard avec la confirmation attendue.

Au déjeuner, Mathew retrouva une cliente qui cherchait une œuvre pour sa maison. Il lui montra deux propositions. Elle les regarda avec intérêt, puis releva le visage.

— Stevens les a vues ?

— Elle connaît l’artiste.

— Je voudrais savoir laquelle elle choisirait.

Il prit le temps de retourner les photographies.

— Vous m’aviez parlé de la pièce sur le jardin. Celle-ci conviendrait mieux à la lumière.

— C’est ce que je pensais. Mais j’aimerais son sentiment.

Il ne discuta pas davantage. En quittant le restaurant, il envoya les deux images à Abby avec une question précise sur l’emplacement.

Elle répondit une heure plus tard. Elle choisissait la même toile que lui, pour une raison supplémentaire qu’il transmit à sa cliente. La femme confirma son intérêt dans l’après-midi.

Il sourit devant le message.

Abby ne lui avait toujours pas répondu à propos du dîner.

À dix-huit heures, il appela.

— Tu as reçu ma proposition ? demanda-t-il lorsqu’elle décrocha.

— Les tableaux ? Oui, je t’ai répondu.

— L’autre.

— Je vais avoir besoin d’un secrétaire pour suivre toutes tes demandes.

Il l’entendit déplacer quelque chose, puis parler à quelqu’un d’autre. Sa voix s’éloigna un instant.

— Tu travailles encore ?

— Non, j’organise une vente de gaufres. Qu’est-ce que tu voulais ?

Il rit malgré l’impatience qui lui montait à la gorge.

— T’inviter à dîner. Mercredi.

— Je ne peux pas mercredi.

— Jeudi ?

— Jeudi, j’ai déjà un dîner.

Il regarda son agenda ouvert. Il s’était attendu à devoir négocier le lieu, peut-être l’heure. Elle lui retirait les deux soirs avant même qu’il ait commencé.

— Avec qui ?

Un silence lui fit relever la tête.

— Tu veux que je t’envoie la liste des invités ? demanda-t-elle.

— Je posais une question.

— J’ai entendu. La réponse reste que je ne suis pas libre.

Il passa la main sur sa nuque.

— Vendredi, alors.

— Tu sais être persévérant, je te l’accorde.

— Tu pourrais m’épargner un peu de travail.

Elle rit doucement. Le son lui rendit immédiatement l’envie de la voir.

— Je peux passer tard mardi. Si ça t’intéresse.

Il regarda le jour dans son agenda.

— Quelle heure ?

— Pas avant vingt-deux heures. Je t’écris quand je termine.

— Je peux te faire garder quelque chose à manger.

— Voilà une proposition plus convaincante.

Elle dut raccrocher. Mathew resta un moment le téléphone dans la main, puis barra le rendez-vous personnel qu’il avait prévu le mardi soir. Il expliquerait plus tard pourquoi il ne pouvait plus venir.

Elle avait préféré son appartement au restaurant. Il s’arrêta sur cette pensée avec satisfaction.

Dans la soirée, il appela sa mère. Victoria lui raconta un dîner au cours duquel quelqu’un avait évoqué le succès de son implantation new-yorkaise. Elle avait eu plaisir à le confirmer, cela s’entendait dans sa voix.

— Tu pourrais venir quelques jours, dit-elle ensuite. Ton père trouve que nous ne te voyons plus.

— Je suis venu il y a deux mois.

— Justement.

Il sourit. Elle demanda s’il avait rencontré du monde. Il pensa à la robe d’Abby sur sa chaise, à sa main sur sa chemise dans l’entrée.

— Oui.

— Quelqu’un en particulier ?

Il s’adossa au canapé.

— Je te raconterai.

Victoria n’insista pas, ce qui lui fit comprendre à quel point elle avait entendu ce qu’elle voulait.

Après l’appel, il retourna dans la cuisine et regarda ce qu’il restait dans les placards. Il commanda quelques produits pour le lendemain. Du café, du pain, une bouteille qu’Abby avait appréciée.

Au moment de valider, il ajouta le lait qu’elle avait choisi au petit-déjeuner.

Il n’y avait aucune raison de manquer de choses simples lorsqu’elle reviendrait.

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