Lily Stories
Ce que tu n’auras plus · Chapitre 19 sur 51

Le lendemain

Abby

Son téléphone était sur la table de nuit, sous la montre de Mathew.

Abby dégagea doucement son bras, attendit qu’il cesse de bouger et se redressa. La lumière passait entre les rideaux. Elle resta un instant assise au bord du lit, les pieds nus sur le tapis, à regarder la robe posée sur une chaise.

Elle avait passé une bonne nuit.

Cette pensée lui vint sans qu’elle ait besoin de la corriger. Elle avait eu envie de lui, elle l’avait retrouvé et son corps gardait un souvenir suffisamment agréable pour lui donner envie de s’étirer lentement.

Elle récupéra son téléphone.

« Neuf heures trente ? »

Declan répondit qu’il serait devant. Elle vérifia l’heure, puis chercha la salle de bains.

Quand elle revint, Mathew avait ouvert les yeux.

— Tu fouilles déjà mes placards ?

— Je cherchais une serviette. Tu as évité le pire.

Il tendit la main. Elle le laissa lui prendre les doigts, se pencha pour l’embrasser et sentit aussitôt son bras remonter autour de sa taille.

— Tu pourrais revenir ici.

— J’y suis presque. Fais un effort d’imagination.

Il sourit contre sa bouche, puis tira assez pour l’obliger à poser un genou sur le lit. Elle rit, écarta légèrement son visage et défit ses doigts de sa hanche.

— Je vais m’habiller.

— Pourquoi ?

— Parce que la rue est assez fréquentée et que je ne voudrais pas provoquer d’accident.

Il regarda la robe qu’elle venait de prendre.

— Tu pars ?

Le ton avait changé juste assez pour qu’elle l’entende. Elle passa le vêtement, dégagea ses cheveux du col et lui tourna le dos.

— Tu peux fermer ?

Il se leva. Elle sentit ses doigts à la base de son dos, puis la fermeture qui remontait lentement. Beaucoup trop lentement pour quelqu’un qui prétendait simplement l’aider.

— Je te prépare un café, dit-il.

— Bonne idée.

Il posa la bouche près de sa nuque. Elle ferma les yeux une seconde, puis avança vers la chaise où elle avait laissé ses chaussures.

— Le café, Mathew.

— J’avais entendu.

— Tu as une façon très personnelle de comprendre les instructions.

Il partit chercher une chemise. Elle remit ses boucles d’oreilles, retrouva sa pochette et le rejoignit dans la cuisine.

Le soleil éclairait maintenant un angle de la table. Il avait posé deux tasses, du pain et une assiette de fruits dont elle prit immédiatement un morceau.

Il la regarda s’asseoir.

— Tu as quelque chose de prévu ?

— Oui.

— Le samedi matin ?

Elle releva les yeux.

— Tu veux mon planning complet Columbo ?

Il posa la cafetière avec un peu trop d’application.

— Je pensais qu’on pourrait déjeuner ensemble.

— Tu devrais commencer par me donner du café. Je suis moins aimable avant.

— J’avais remarqué.

Il la servit. Elle ajouta un peu de lait, goûta et eut le tort de regarder sa bouche avant de prendre une seconde gorgée.

Il le vit.

— Tu n’as pas l’air si pressée.

— Et toi, tu as l’air d’avoir oublié une conversation d’hier soir.

Il s’assit en face d’elle.

— Je me rappelle très bien hier soir.

— Certaines parties, manifestement. Je t’avais dit de ne pas commencer à remplir mes journées.

Il prit sa tasse sans répondre. Elle mangea un morceau de pain, puis consulta son téléphone. Declan venait de confirmer qu’il était en route.

— C’est lui ? demanda Mathew.

Elle leva les yeux.

— Tu peux me demander lequel, je suis sûre que tu en meurs d’envie.

Il eut un mouvement d’humeur qu’il transforma presque aussitôt en sourire.

— Ton garde du corps.

— Oui.

— Il pourrait attendre.

— Il attend déjà assez pour moi. Je ne vais pas ajouter tes envies aux miennes.

Cette fois, Mathew s’adossa. Abby termina sa tartine. Elle n’avait aucune envie de se disputer, mais encore moins de commencer à rendre des comptes parce qu’ils avaient passé une nuit ensemble.

Il finit par lui demander si le café lui convenait.

— Tout à fait. Tu progresses dangereusement.

— Je pourrais m’entraîner encore demain.

Elle sourit.

— Tu négocies même au petit-déjeuner ?

— Seulement quand l’enjeu m’intéresse.

Elle prit son temps avant de se lever. Il la suivit jusqu’à l’entrée et lui tendit son manteau. Elle se tourna vers lui après avoir passé les manches.

Il ne souriait plus vraiment.

— Quand est-ce que je te revois ?

— Je te le dirai.

— Abby…

Elle posa une main sur sa chemise.

— J’ai passé une très bonne soirée. Essaie de ne pas tout gâcher.

Son regard descendit sur sa main. Elle l’attira légèrement, l’embrassa et sentit sa paume se poser dans son dos. Cette fois, il la laissa se dégager.

— Bonne journée, dit-il.

— À toi aussi.

Dans l’ascenseur, elle passa la langue sur ses lèvres avant de se surprendre à sourire toute seule.

Declan lui ouvrit la portière.

— Bonjour.

— Bonjour. Tu as pris ton petit-déjeuner ?

— Oui. Toi ?

Elle leva les yeux vers lui.

— Nous avons enfin quelque chose de nouveau à nous raconter.

Il sourit et referma la portière. Elle s’installa, retira un escarpin sous le siège et posa la tête contre le dossier.

— Tu rentres ? demanda-t-il.

— Oui. Et je compte bien ne plus mettre ces chaussures jusqu’à lundi.

Il regarda brièvement ses pieds dans le rétroviseur.

— C’est une décision que je soutiens.

Elle rit et ouvrit un message de Moira, qui lui envoyait la photographie d’un cadre arrivé avec la mauvaise finition. Abby répondit qu’elle regarderait lundi. Elle n’avait pas envie de transformer son samedi en nouvelle journée de réunions.

Au loft, elle posa ses chaussures près de l’ascenseur et monta se changer. Son lit était resté fait. Le livre qu’elle avait commencé attendait sur la table de nuit, la page marquée par une carte de visite à moitié pliée.

Elle passa un pantalon souple, ouvrit les rideaux du salon et prépara un deuxième café.

Mathew écrivit pendant qu’elle cherchait un pinceau.

« Tu as oublié de me dire où j’en étais dans ma progression. »

Elle regarda les mots, puis la palette.

« Tu as réussi le café. »

Il répondit par une invitation à venir juger le dîner suivant. Elle posa le téléphone sans répondre tout de suite.

La toile avait changé sous la lumière du matin. Une couleur qu’elle avait trouvée trop froide la veille lui parut exactement à sa place.

Elle approcha le chevalet des vitres, prit une autre brosse et travailla jusqu’à oublier son café.

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