La confirmation
AbbyLe mercredi, Abby oublia son café dans le bureau de Moira.
Elle s’en aperçut en arrivant devant l’ascenseur, fit demi-tour et trouva son amie en train de le repousser loin d’un dossier.
— Je croyais que tu me l’avais offert, dit Moira.
— J’ai des élans de générosité, mais ils ne vont pas jusque-là.
Elle reprit la tasse, vérifia qu’elle était encore tiède et but une gorgée debout.
Elles avaient travaillé presque toute la matinée. Une vente devait être confirmée, une autre attendre, une exposition à Londres posait un problème qu’elles n’avaient pas résolu mais qu’elles pouvaient au moins nommer correctement.
Abby avait passé le premier créneau à râler sur la quantité de documents. Elle les avait lus tout de même. La création reprenait de la place au loft sans avoir encore absorbé ses journées entières.
— Tu remontes ? demanda Moira.
— Oui. Je voudrais voir si ce que j’ai fait hier me plaît toujours maintenant que je suis réveillée.
— Tu étais réveillée à seize heures aussi.
— C’est une opinion.
Son amie sourit et revint à son écran.
Abby resta une seconde dans l’encadrement.
— Tu déjeunes ici ?
— Oui. Tu veux que je te fasse monter quelque chose ?
— Non, je redescendrai.
Moira leva les yeux avec une méfiance affectueuse.
— Tu veux que je mette une alarme ?
— J’ai toujours aussi peu de crédit dans cette maison ?
— Seulement à l’heure des repas.
Abby rit et partit avec son café.
Dans le couloir, Declan parlait avec l’un des agents. Il s’arrêta assez longtemps pour lui demander si elle aurait besoin d’une voiture dans l’après-midi.
— Pas pour le moment. Je te préviens.
Il acquiesça. Il ne demanda pas ce qu’elle comptait faire de son après-midi si cela changeait.
Au loft, elle posa la tasse sur la table, retira sa veste et alla regarder la toile commencée la veille.
Elle lui plaisait moins à cet endroit précis qu’elle n’avait pas voulu reprendre avant de dormir. Elle choisit une brosse, hésita, puis changea de couleur au lieu de corriger immédiatement.
La lumière était bonne.
Elle avait laissé la première toile de l’exposition dans le salon, à un endroit où elle pouvait la voir sans être obligée de s’arrêter devant. La femme attendait toujours près de ses deux tasses. Abby ne cherchait plus à décider si elle avait bien fait de la garder.
Son téléphone vibra sur la table.
Un message de l’équipe parisienne, puis une photographie envoyée par Gabriel depuis un chantier où il ne trouvait rien de droit. Elle sourit, répondit qu’il ne fallait pas insulter le bâtiment avant d’avoir terminé et reposa l’appareil.
La conversation avec Mathew se trouvait plus bas dans la liste.
Il lui avait annoncé son arrivée à New York deux jours auparavant. Trois nuits, un dîner professionnel, une réception le jeudi. Il n’avait pas demandé ce qu’elle faisait pendant ces trois nuits.
Elle avait répondu qu’elle espérait que son vol se passerait bien.
Puis le travail l’avait reprise.
Ils s’étaient parlé le dimanche précédent. Rien d’extraordinaire : une œuvre qu’il avait vue, un artiste qu’elle connaissait, le bruit de la pluie de son côté à elle et le soleil qu’il lui décrivait du sien. Elle avait fini l’appel en restant encore quelques secondes avec le téléphone contre sa joue.
Elle ne lui avait pas dit qu’elle aurait aimé qu’il soit plus près à ce moment-là.
Elle n’était pas certaine de vouloir lui donner une phrase qu’elle aurait ensuite peur de voir grandir plus vite qu’elle.
À onze heures cinquante, elle posa le pinceau et se lava les mains. Elle tint sa promesse de redescendre déjeuner avec Moira. Elles parlèrent d’une projection que son amie voulait voir et réservèrent une soirée avant de retrouver les dossiers.
Dans l’après-midi, Abby reçut deux artistes, descendit examiner un accrochage et remonta au loft avec le carnet où elle avait pris leurs remarques.
Elle avait encore une heure de lumière utile.
Elle reprit sa couleur, regarda la surface et réussit à poser le geste qu’elle cherchait depuis le matin.
Le téléphone sonna près de l’ascenseur.
Elle recula pour examiner ce qu’elle venait de faire et laissa passer une sonnerie. Puis elle posa la brosse et alla répondre.
L’écran de l’interphone s’alluma sur le hall.
Mathew se tenait près de Declan, une veste sur le bras. Il portait une chemise claire, le col ouvert, et n’avait ni bouquet ni sac à lui remettre comme prétexte.
Abby resta immobile devant l’image.
— Mathew Carter est à l’accueil, dit Declan. Il demande s’il peut te voir.
Elle regarda l’homme à côté de lui.
Mathew ne cherchait pas à passer devant. Il avait les mains tranquilles et le visage légèrement levé vers Declan, comme s’il avait posé sa question et savait qu’il ne pouvait pas répondre à la place d’un autre.
Elle sentit son cœur battre un peu plus fort.
Il avait pris l’initiative de venir. Il s’était arrêté là où on lui avait demandé d’attendre.
— Je le laisse monter ? demanda Declan.
Abby posa la main sur le bord du meuble.
Sur l’écran, Declan resta près des commandes de l’ascenseur.
- Vous êtes bien téméraire, Monsieur Carter, murmura-t-elle pour elle-même dans un sourire.
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